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BabZıtunaThe Market Desk

Le registre · 30 août 2026

Le Nigeria déclare moins de chômage que l’Allemagne. Moins d’un travailleur nigérian sur sept touche un salaire.

Le Viêt Nam affiche le taux de chômage le plus bas de ce tableau et l’Inde la part d’emploi vulnérable la plus élevée. Neuf pays, une source, une année, trois colonnes. Tout ce qui suit vient des indicateurs de la Banque mondiale qui portent ces chiffres, consultés le 30 août 2026 et référencés au bas de ce texte.

13,6 %des travailleurs nigérians occupaient un poste salarié en 2024, alors même que le pays déclarait un taux de chômage inférieur à celui de l’Allemagne
72,1 %des travailleurs indiens occupaient un emploi vulnérable en 2024, la part la plus élevée des neuf pays retenus ici
32,3 %de chômage en Afrique du Sud en 2024, le taux le plus élevé de ce tableau et le seul taux élevé qui s’accompagne d’une structure d’économie formelle

La comparaison qui ne devrait pas être possible

En 2024, selon les estimations modélisées de l’OIT publiées par la Banque mondiale, le taux de chômage nigérian s’élevait à 3,0 % et l’allemand à 3,4 %. Celui du Viêt Nam atteignait 1,6 %, le plus bas des neuf pays retenus ici. Les Philippines déclaraient 2,2 % et l’Indonésie 3,3 %. L’Espagne, la même année et dans la même source, déclarait 11,4 %.

Personne, en lisant ces chiffres, ne conclut qu’il est plus facile de trouver du travail à Lagos qu’à Munich. Cette intuition est juste, et elle ne l’est pas parce que l’un de ces pays déclarerait mal. Chacun de ces chiffres est produit selon la même définition internationale. C’est la définition qu’il faut comprendre.

Le taux mesure un état d’esprit autant qu’un état du marché

Pour être compté au chômage, il faut être sans travail, être disponible pour en prendre, et en avoir cherché activement au cours d’une période récente. Les trois à la fois. C’est la troisième condition qui fait les dégâts dans une comparaison de ce type.

Dans une économie dotée d’une assurance chômage, d’un marché du travail formel et d’un service public de l’emploi, chercher du travail est une chose que l’on peut faire, et dont on peut attester, sans travailler. Dans une économie qui n’a rien de tout cela, ne pas travailler n’est pas une option ouverte à la plupart des gens. Ce qui se produit à la place, c’est le travail informel : une heure ici, un étal, une parcelle familiale, la boutique d’un proche. Sous cette définition, c’est de l’emploi, et cela retire purement et simplement la personne du numérateur.

Provenance : SourceCe qu’il faut être, pour être compté au chômage
  1. Sans travail : ni emploi salarié ni activité indépendante, pas même une heure durant la semaine de référence.
  2. Disponible : en mesure de commencer dans un délai de référence court.
  3. À la recherche active : avoir accompli une démarche précise pour chercher, dans une période de référence récente.

Celui qui vend du crédit téléphonique au bord de la route quatre heures par semaine échoue à la première condition et se trouve compté parmi les personnes en emploi. Celui qui a cessé de chercher parce qu’il n’y a rien à chercher échoue à la troisième et sort de la population active. Ni l’un ni l’autre n’apparaît dans le taux de chômage.

La définition internationale pose trois conditions, et il faut les remplir toutes les trois en même temps. C’est ce qui explique le comportement de cet indicateur dans une économie sans assurance chômage : cesser de remplir la troisième vous fait sortir du numérateur sans que rien ne se soit amélioré.

Lisez les deux autres colonnes et le tableau s’inverse

L’emploi vulnérable est une catégorie définie : les travailleurs à leur compte et les travailleurs familiaux collaborants, rapportés à l’ensemble des personnes en emploi. C’est une approximation des arrangements informels et précaires, non leur mesure directe. Le salariat en est le complément approximatif : la part des travailleurs liés à quelqu’un d’autre par une relation d’emploi.

Classés par taux de chômage, ces neuf pays vont de 1,6 % à 32,3 %. Classés par part de salariat, ils vont presque dans l’autre sens. Le Nigeria affiche le troisième taux de chômage le plus bas du tableau et, de loin, la part de salariat la plus faible : 13,6 %, contre 91,8 % en Allemagne. L’Inde déclare 4,2 % de chômage et 72,1 % d’emploi vulnérable, la part la plus élevée ici.

Le Viêt Nam et l’Indonésie présentent la même configuration : moins de 3,5 % de chômage, environ la moitié des travailleurs en emploi vulnérable, et moins de la moitié en situation de salariat. Les Philippines sont un cran plus loin, avec 63,5 % de salariat, et l’Égypte plus loin encore, à 72,9 %.

Provenance : Source
Neuf pays, classés par taux de chômage croissant. Les trois colonnes sont des estimations modélisées de l’OIT publiées par la Banque mondiale pour 2024 : la comparaison porte donc sur des chiffres harmonisés, non sur des définitions nationales. L’emploi vulnérable réunit les travailleurs à leur compte et les travailleurs familiaux collaborants, en part de l’emploi total. Les trois colonnes ne s’additionnent pas : la première est une part de la population active, les deux autres des parts des personnes en emploi.
PaysChômage, % de la population activeEmploi vulnérable, % des personnes en emploiSalariat, % des personnes en emploi
Viêt Nam1,6 %51,9 %46,2 %
Philippines2,2 %33,9 %63,5 %
Nigeria3,0 %66,7 %13,6 %
Indonésie3,3 %50,3 %46,3 %
Allemagne3,4 %4,4 %91,8 %
Inde4,2 %72,1 %24,6 %
Égypte6,8 %24,1 %72,9 %
Espagne11,4 %10,3 %85,3 %
Afrique du Sud32,3 %11,7 %82,7 %

L’Afrique du Sud est ce qui met la lecture à l’épreuve

Si l’argument ci-dessus se résumait à « les pays pauvres déclarent moins de chômage », l’Afrique du Sud le briserait. Elle déclare 32,3 % de chômage en 2024, de très loin le taux le plus élevé des neuf, et ce n’est pas un pays riche.

Regardez ses deux autres colonnes et la lecture tient au lieu de céder. L’Afrique du Sud déclare 82,7 % de salariat et 11,7 % d’emploi vulnérable, plus proche des 85,3 % et 10,3 % espagnols que des 13,6 % et 66,7 % nigérians. Elle a la structure d’emploi d’une économie formelle, ce qui signifie que la catégorie « chômeur » y décrit quelque chose de réel et de disponible, comme ce n’est pas le cas à Lagos ou à Hanoï, et l’indicateur y trouve dûment un nombre considérable de personnes.

La leçon n’est pas qu’un chiffre serait vrai et l’autre faux. C’est que le taux de chômage répond à une question portant sur un marché du travail formel, et qu’il ne peut y répondre que là où il en existe un sur lequel la poser.

Ce que cela change pour qui cherche vraiment

Si vous lisez un taux de chômage national pour le Viêt Nam, l’Indonésie, le Nigeria, l’Inde ou les Philippines en le traitant comme vous traiteriez celui de l’Allemagne, vous le lisez mal, et celui qui vous le cite aussi. Dans ces économies, une baisse du taux est aussi compatible avec moins d’offres formelles qu’avec davantage.

Les deux colonnes qu’il faut lire à la place figurent dans le tableau. Une part de salariat qui progresse, voilà ce qui signifie qu’une part croissante des emplois proposés sont de ceux auxquels on peut postuler, pour lesquels on peut être reçu en entretien, et par lesquels on peut être payé. C’est le marché que couvre ce desk, et dans la plus grande partie du monde il reste minoritaire.

Ce que les données établissent

  • Dans les estimations modélisées de l’OIT publiées par la Banque mondiale pour 2024, le Nigeria déclare un taux de chômage inférieur à celui de l’Allemagne, 3,0 % contre 3,4 %.
  • Parmi ces neuf pays, ceux qui déclarent les taux de chômage les plus bas déclarent les parts d’emploi vulnérable les plus élevées et les parts de salariat les plus faibles.
  • L’Afrique du Sud déclare à la fois le taux de chômage le plus élevé du tableau et une structure d’emploi plus proche de celle de l’Espagne que de celle du Nigeria.
  • La définition internationale du chômage exige d’une personne qu’elle soit sans travail, disponible et à la recherche active, les trois conditions à la fois.

Ce qu'elles n'établissent pas

  • Que les statistiques d’un pays seraient fausses, ou qu’un institut national déclarerait mal. Tous les chiffres présentés ici sont produits selon la même définition.
  • Que le travail informel serait la cause d’un taux de chômage bas. Neuf pays montrent une association sur une année. Aucun document cité ici n’identifie de mécanisme ni n’en écarte d’autres.
  • Que le marché du travail nigérian se porterait mieux ou moins bien que l’allemand. Ces trois indicateurs ne mesurent ni les salaires, ni les heures, ni la sécurité, ni le niveau de vie.
  • Que le taux de chômage serait un indicateur inutile. Au sein d’un même pays, dans le temps et à définition stable, il suit toujours l’évolution. Le défaut tient à sa lecture entre pays dotés de structures de marché du travail différentes.
  • Quoi que ce soit sur 2025 ou 2026. La dernière année disposant des trois indicateurs pour les neuf pays est 2024.

Méthode, et ce qui a été écarté

  1. Une source, une année. Les trois colonnes proviennent des indicateurs SL.UEM.TOTL.ZS, SL.EMP.VULN.ZS et SL.EMP.WORK.ZS des données ouvertes de la Banque mondiale, année de référence 2024, consultés le 30 août 2026. 2024 est la dernière année disposant des trois indicateurs pour les neuf pays.
  2. Les trois sont des estimations modélisées de l’OIT, non des résultats d’enquêtes nationales. L’OIT harmonise et impute afin que les pays puissent être comparés entre eux. Un institut national de statistique peut publier, pour le même pays et la même année, un chiffre différent selon ses propres définitions, sans qu’aucun des deux soit pour autant faux. Un chiffre national confronté à ceux-ci ne correspondra pas, et il ne faut pas s’attendre à ce qu’il corresponde.
  3. L’emploi vulnérable réunit les travailleurs à leur compte et les travailleurs familiaux collaborants, en part de l’emploi total. C’est une approximation du travail informel et précaire. Ce n’est pas une mesure de l’économie informelle, qui est définie et mesurée séparément.
  4. Les trois colonnes reposent sur deux dénominateurs différents. Le chômage est une part de la population active. Les deux autres sont des parts des personnes en emploi. Elles ne sont pas les parties d’un tout et ne s’additionnent pas.
  5. Neuf pays ont été retenus pour couvrir l’amplitude et inclure le contre-exemple, non tirés au sort. Neuf autres donneraient un autre tableau. L’argument repose sur le sens de la relation et sur l’Afrique du Sud, non sur une moyenne de ces lignes.
  6. Aucun chiffre de ce texte ne provient de notre propre plateforme.

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