Vingt-six contre un, à l’intérieur d’un même marché unique
Eurostat publie chaque trimestre la part des salariés de chaque État membre qui occupent un emploi temporaire plutôt qu’un emploi permanent. Pour le premier trimestre 2026, le tableau va de 26,0 % aux Pays-Bas à 1,0 % en Lituanie : un facteur vingt-six entre deux membres du même marché unique, soumis aux mêmes directives sur le travail à durée déterminée.
L’Union européenne dans son ensemble déclare 12,2 %, et la zone euro 12,8 %. Le chiffre néerlandais dépasse le double de l’un comme de l’autre, et il devance de 10,9 points le deuxième, la Pologne, à 15,1 %. Sur un tableau de vingt-sept pays, ce n’est pas une avance, c’est un autre régime.
Il vaut la peine de dire clairement ce que cette mesure compte, car sa forme décide de ce que la comparaison peut vouloir dire. Le dénominateur, ce sont les salariés, pas les actifs. Un indépendant, un prestataire, quelqu’un qui facture par sa propre société se trouve hors des deux moitiés de la fraction. Un pays peut donc afficher une faible part temporaire alors qu’une large partie de sa population active ne détient aucun contrat de travail.
| État membre | Part temporaire des salariés | Drapeau Eurostat |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 26,0 % | aucun |
| Pologne | 15,1 % | aucun |
| Espagne | 14,8 % | définition différente |
| France | 14,7 % | définition différente |
| Union européenne (27) | 12,2 % | aucun |
| Lituanie | 1,0 % | aucun |
Neuf points entre deux trimestres
La part néerlandaise n’est pas montée jusqu’à vingt-six. Elle y a sauté. Entre le quatrième trimestre 2020 et le premier trimestre 2021, elle passe de 17,9 % à 27,2 %, soit une hausse de 9,3 points en un seul trimestre.
Un chiffre pareil appelle une comparaison, et la plus honnête consiste à confronter le pays à lui-même. Sur les vingt-huit trimestres depuis le début 2019, la taille médiane d’un pas trimestriel néerlandais est de 0,3 point, et le plus grand pas hors celui-ci vaut 1,3 point. Le pas signalé vaut trente et une fois la médiane et sept fois le maximum. Ce n’est pas un grand mouvement dans une série qui en produit ; c’est le seul mouvement de ce genre que la série contienne.
Eurostat en donne la raison, sur l’observation elle-même. La valeur du premier trimestre 2021 porte le drapeau b, que la légende du jeu de données définit comme rupture de série. Une rupture indique que les chiffres situés de part et d’autre de cette date n’ont pas été produits de la même façon. Elle n’affirme rien sur le contrat de qui que ce soit.
Et les années suivantes tranchent la question. Si quelque chose était arrivé à l’emploi néerlandais début 2021, le niveau serait allé quelque part ensuite. Il a baissé de 1,2 point sur les cinq années jusqu’au premier trimestre 2026. L’avance n’a pas été construite. Elle a été, au sens arithmétique, redéfinie.
| Période | Part temporaire néerlandaise | Variation |
|---|---|---|
| Le trimestre signalé, un seul pas | 17,9 %27,2 % | +9,3 |
| Les cinq années suivantes | 27,2 %26,0 % | -1,2 |
le pas signalé, du quatrième trimestre 2020 au premier trimestre 2021
+9,3 -1,2
mouvement net dans les cinq années qui ont suivi ce trimestre
la médiane de tous les autres pas de la fenêtre
0,3 1,3
le plus grand de tous les autres pas de la fenêtre
Mesuré sur les vingt-huit trimestres allant du début 2019 au premier trimestre 2026. Le pas franchi lors du trimestre signalé est comparé aux pas du même pays, de sorte que la comparaison ne dépend du comportement d’aucun autre pays.
L’Espagne est allée dans l’autre sens, et plus longtemps
Le pays que la plupart des lecteurs associent à l’emploi temporaire, c’est l’Espagne, et l’association est périmée. La part espagnole a culminé à 26,8 % au troisième trimestre 2019 et affiche 14,8 % au premier trimestre 2026 : une baisse de 12,0 points.
Ce qui distingue cette baisse de la hausse néerlandaise n’est pas son ampleur. C’est sa forme. Le pas espagnol lors du trimestre signalé vaut moins 0,6 point, ce qui est un trimestre ordinaire pour l’Espagne. La baisse s’étale sur des années, et son passage le plus raide traverse 2022, de 24,5 % à 18,2 % en quatre trimestres. Quoi qu’il l’ait produite, elle n’est pas arrivée en un pas et elle n’est pas arrivée à la rupture.
Ce qui l’a produite est une question à laquelle cet article ne répond pas. Une réforme du travail est entrée en vigueur en Espagne durant cette période, et la tentation de tracer un trait de l’une à l’autre est forte. Le jeu de données ne l’autorise pas : une série montre une forme, pas une cause, et rien d’autre ici n’est un document sur le droit espagnol. La forme est rapportée ; l’explication reste ouverte.
Deux pays portent un second drapeau
La rupture du début 2021 n’est pas un épisode néerlandais. Chacun des trente-six pays de ce jeu de données porte un drapeau de rupture à ce trimestre, agrégats de l’Union et de la zone euro compris. Aucune comparaison qui le franchit n’est propre, nulle part, pour personne.
Un second drapeau est plus rare et plus facile à manquer. d signifie définition différente, et contrairement à une rupture il se pose sur des observations isolées plutôt que sur une date. Au dernier trimestre, exactement deux États membres le portent : l’Espagne et la France. L’Espagne le porte sur chaque observation trimestrielle depuis le deuxième trimestre 2021, vingt et une d’affilée, et sa valeur de 2021 porte les deux drapeaux à la fois.
C’est leur position dans le tableau qui rend la chose digne d’être imprimée. L’Espagne affiche 14,8 % et la France 14,7 % : première et deuxième d’une suite de pays voisins, à un dixième de point l’une de l’autre. Un lecteur qui classe l’Europe selon cette mesure place deux séries définies autrement face à vingt-cinq séries standard, et l’écart entre elles est plus petit que ce contre quoi le drapeau met en garde.
rupture de série
36
pays porteurs d’un drapeau de rupture au premier trimestre 2021, sur trente-six pays publiés
définition différente
2
pays dont la dernière observation porte un drapeau de définition : l’Espagne et la France, voisines au classement à 14,8 % et 14,7 %
Deux drapeaux différents, et l’article tient à la différence. Une rupture indique que les chiffres situés de part et d’autre d’une date n’ont pas été produits de la même façon. Un drapeau de définition indique que les chiffres de ce pays ne sont pas construits selon la définition standard, et il s’attache à des observations isolées plutôt qu’à une date.
Ce que les drapeaux autorisent, et ce qu’ils n’autorisent pas
Rien de tout cela ne rend le tableau inutile, et le rapporter ainsi serait une erreur en soi.
À l’intérieur du dernier trimestre, la comparaison tient : tous les pays se trouvent du même côté de la même rupture, donc 26,0 % contre 1,0 % est une différence réelle entre deux marchés du travail aujourd’hui, quelles qu’aient été les définitions de part et d’autre. Les deux drapeaux de définition nuancent deux lignes de cette comparaison, et l’article imprime lesquelles.
Ce qui ne tient pas, c’est la phrase qu’un lecteur formera le plus volontiers devant un graphique de cette série : que les Pays-Bas seraient devenus le marché du travail le plus temporaire d’Europe au cours des cinq dernières années. Sur les chiffres, ils y sont arrivés en un trimestre, ont dérivé à la baisse depuis, et le trimestre en question est marqué par l’éditeur comme un trimestre où le comptage a changé.
La version utile est plus étroite et elle tient. Avant de comparer deux marchés du travail dans le temps, vérifiez si l’un des deux a changé de règle de mesure. Eurostat a inscrit cette vérification dans les données sous la forme d’une seule lettre, sur chaque observation concernée, et elle ne coûte rien à lire.
Ce que les données établissent
- Au premier trimestre 2026, la part néerlandaise vaut 26,0 % et la part lituanienne 1,0 %, toutes deux du même côté de la même rupture.
- La série néerlandaise monte de 9,3 points sur le seul trimestre qu’Eurostat signale comme une rupture, contre un pas médian de 0,3 point et un plus grand autre pas de 1,3 sur la même fenêtre.
- Le niveau néerlandais est aujourd’hui inférieur de 1,2 point à ce qu’il était juste après ce pas.
- Les trente-six pays publiés portent tous un drapeau de rupture au premier trimestre 2021.
- La part espagnole a baissé de 12,0 points depuis son sommet de 2019, et son pas lors du trimestre signalé valait moins 0,6 point.
- L’Espagne et la France sont les seuls États membres dont la dernière observation porte un drapeau de définition.
Ce qu'elles n'établissent pas
- Que le marché du travail néerlandais serait devenu plus temporaire début 2021. Le drapeau dit que le comptage a changé ; il ne dit rien des contrats.
- Ce qu’Eurostat ou l’institut néerlandais a modifié dans l’enquête, ni pourquoi. Le jeu de données porte le drapeau, pas la raison.
- Que la réforme du travail espagnole de 2022 aurait causé la baisse de sa part. La forme est mesurée ici ; aucun document cité n’établit la cause.
- Qu’une faible part temporaire signifierait un emploi sûr. Le dénominateur, ce sont les salariés : un pays comptant beaucoup d’indépendants peut afficher une faible part pour des raisons que cette mesure ne voit pas.
- Comment les deux séries porteuses d’un drapeau se classeraient face aux vingt-cinq autres si elles étaient construites selon la définition standard.
Méthode et ce qui n’est pas affirmé
- Un document, lié plus bas : le jeu de données Eurostat lfsq_etpga, « Temporary employees, % of total employees, quarterly data », consulté le 28 août 2026 et daté d’une mise à jour au 12 juin 2026. La dernière période de référence qu’il porte est le premier trimestre 2026 : c’est donc une série trimestrielle avec un décalage, pas une publication mensuelle fraîche. Rien ici ne provient de notre propre plateforme.
- Les chiffres portent sur les 15 à 64 ans, les deux sexes, en pourcentage, tels que publiés. La mesure est la part des salariés en emploi temporaire parmi les salariés, et non parmi l’ensemble des personnes en emploi : les indépendants sont hors du numérateur comme du dénominateur.
- Les drapeaux sont ceux de l’éditeur, pas les nôtres. Eurostat attache un statut d’observation à des valeurs isolées, et le jeu de données livre sa propre légende : `b` signifie « break in time series », `d` signifie « definition differs (see metadata) », `bd` les deux. Chaque drapeau cité ici a été lu dans la réponse du jeu de données, non déduit de l’allure d’une courbe.
- Une comparaison est dérivée : le pas néerlandais du trimestre signalé est rapporté à la médiane et au maximum des autres pas trimestriels du même pays sur les vingt-huit trimestres depuis le premier trimestre 2019. La médiane vaut 0,3 point et le plus grand autre pas 1,3 point, contre un pas signalé de 9,3. L’arithmétique est la nôtre ; les valeurs sont publiées.
- Aucune cause n’est affirmée pour l’un ou l’autre mouvement. Une réforme du travail est entrée en vigueur en Espagne pendant la période où sa part a le plus baissé, et cet article ne les relie pas, parce qu’aucun document cité ici n’établit ce lien. De même, la rupture néerlandaise est rapportée comme une rupture, sans affirmer ce qui a été modifié dans l’enquête ni pourquoi.
- Nous ne disons pas que le marché du travail néerlandais est devenu plus temporaire début 2021. Le drapeau interdit de lire le pas ainsi, et le niveau a baissé de 1,2 point dans les cinq années qui ont suivi.
- Les lignes du tableau sont six sur vingt-sept : la première, la deuxième, l’agrégat de l’Union, les deux pays porteurs d’un drapeau de définition au dernier trimestre, et la dernière. Le tableau complet a été lu ; l’exhibit est une sélection et le dit.
- Des points de pourcentage partout pour les écarts entre deux parts, jamais des pourcents.
Sources primaires
Nous publions la façon dont notre propre appariement est testé contre les biais, et nous marquons les dimensions que nous ne pouvons pas mesurer au lieu de les remplir d’un chiffre plausible : la méthode et les chiffres sont ici. Un marché dont les statistiques portent elles-mêmes des drapeaux d’avertissement mérite des outils qui portent les leurs.