Même enquête, même année, réponses opposées
En 2025, 9,7 % des personnes handicapées de Lituanie étaient dans la population active, contre 27,7 % en Suède : la 2e et la 70e des 104 économies qui déclarent les deux groupes. Les deux chiffres viennent d’EU-SILC, la même enquête menée selon le même cahier des charges dans les deux pays, la même année.
Et l’explication évidente ne survit pas à la deuxième colonne du tableau. Chez les personnes NON handicapées, c’est la Lituanie la plus active des deux, 66,3 % contre 57,1 %. La Lituanie n’est donc pas un pays où l’on travaille moins. La différence est confinée à un seul groupe : l’écart est de 56,6 points en Lituanie et de 29,4 en Suède.
La dispersion est large, et elle ne tient pas à l’identité de celui qui pose la question. Au sein du seul EU-SILC, 29 économies appliquant un questionnaire unique, l’écart va de 29,1 points en Suisse aux 56,6 de la Lituanie. Sur les 104, la médiane est de 35,2 points ; 34 économies dépassent 40 et 17 restent sous 20.
| Économie | Année | Avec un handicap | Sans | Écart, points | Rang sur 104 |
|---|---|---|---|---|---|
| Lituanie | 2025 | 9,7 % | 66,3 % | 56,6 | 2 |
| Grèce | 2025 | 8,3 % | 58,9 % | 50,6 | 7 |
| Hongrie | 2025 | 14,4 % | 64,4 % | 50,1 | 8 |
| Roumanie | 2025 | 1,9 % | 51,7 % | 49,8 | 9 |
| Indonésie | 2023 | 18,5 % | 68,3 % | 49,8 | 10 |
| Portugal | 2025 | 13,0 % | 62,7 % | 49,6 | 11 |
| Espagne | 2025 | 18,6 % | 61,9 % | 43,3 | 24 |
| États-Unis | 2025 | 24,8 % | 68,0 % | 43,2 | 25 |
| Thaïlande | 2019 | 31,4 % | 71,2 % | 39,8 | 35 |
| Turquie | 2024 | 15,8 % | 53,6 % | 37,8 | 41 |
| Allemagne | 2022 | 19,5 % | 57,3 % | 37,8 | 42 |
| Pologne | 2025 | 10,3 % | 45,9 % | 35,6 | 51 |
| France | 2025 | 26,1 % | 60,0 % | 33,9 | 57 |
| Royaume-Uni | 2025 | 39,2 % | 72,3 % | 33,1 | 59 |
| Suède | 2025 | 27,7 % | 57,1 % | 29,4 | 70 |
| Égypte | 2024 | 19,2 % | 48,2 % | 29,0 | 72 |
| Kenya | 2019 | 75,7 % | 66,5 % | -9,2 | 104 |
L’écart se creuse à mesure que les pays s’enrichissent
Le sens surprend la plupart des lecteurs. Sur les 104 économies, l’écart corrèle à 0,55 avec le revenu par habitant, avec des médianes de 26,1, 34,2 et 42,5 points du tiers le plus pauvre au plus riche. Les écarts les plus larges du tableau sont européens ; les plus étroits ne le sont pas.
Et toute cette relation tient à un seul côté. Le revenu prédit la participation des personnes handicapées à hauteur de moins 0,49, et celle des personnes non handicapées à moins 0,00, c’est-à-dire pas du tout. La participation médiane des personnes handicapées tombe de 33,2 % dans le tiers le plus pauvre à 18,2 % dans le plus riche, tandis que celle des autres bouge à peine, de 65,1 % à 60,2 %.
Le bas du tableau est l’endroit où cela se voit le mieux. Le Kenya déclare 75,7 % de participation chez les personnes handicapées contre 66,5 % chez les autres, soit un écart de moins 9,2 points, et le Burkina Faso et Nauru sont les deux autres économies sans aucun écart. Toutes trois comptent parmi les plus pauvres ici, et la troisième partie dit ce que cela signifie, et ne signifie pas.
Ce qu’un écart étroit peut vouloir dire
Rester hors du marché du travail n’est un choix que là où on peut se le permettre. Là où il n’existe guère de revenu d’invalidité, les personnes handicapées ne peuvent pas cesser de chercher, et la mesure les compte comme actives. Un écart étroit est compatible avec un pays qui intègre les travailleurs handicapés, et tout autant avec un pays qui ne leur offre aucun filet.
Cette mesure ne voit pas non plus le recrutement. Elle compte ensemble ceux qui travaillent et ceux qui cherchent du travail, si bien qu’elle ne peut séparer un employeur qui refuse d’embaucher d’un marché du travail où quelqu’un n’est jamais entré. Ce sont des causes différentes et des remèdes différents, et ce chiffre ne les distingue pas.
Le sexe partage le groupe handicapé à peu près comme il partage les autres. Chez les personnes handicapées, la participation des hommes dépasse celle des femmes dans 94 des 102 économies qui publient les deux, avec un écart médian de 7,8 points. Dans le tableau, l’Égypte est la plus contrastée : 28,5 % pour les hommes contre 8,1 % pour les femmes.
- Il s’agit de la population active, pas de l’emploi. Elle compte les personnes qui travaillent ET celles qui cherchent du travail. Un chiffre bas ne dit pas que ces personnes ont postulé et ont été refusées : il dit qu’elles sont hors du marché du travail, ce qui est autre chose et relève d’autres causes.
- L’écart est une différence à l’intérieur d’UNE enquête. La manière dont un pays décide qui compte comme handicapé varie énormément, si bien que le niveau ne peut être classé d’un pays à l’autre avec confiance. Ici, les deux groupes viennent du même questionnaire, du même pays et de la même année : c’est pourquoi cet article part de l’écart et non du niveau.
- Un écart étroit n’est pas de l’inclusion. Là où il n’existe guère de revenu d’invalidité, rester hors du marché du travail n’est pas une option, et la participation des personnes handicapées peut être élevée pour des raisons que personne ne souhaiterait. Les trois économies sans aucun écart figurent parmi les plus pauvres de l’ensemble.
Ainsi, les 9,7 % lituaniens ne disent pas que l’on refuse du travail aux Lituaniens handicapés, et les 27,7 % suédois ne disent pas que la Suède les embauche : ils disent que sur cent personnes handicapées recensées en Lituanie en 2025, 9,7 travaillaient ou cherchaient du travail, et en Suède 27,7.
Un taux, deux groupes, un questionnaire ; et une lecture qui oublie lequel est lequel affirme ce que la source ne dit pas.
Ce que l’écart ne dit pas
Il ne dit pas qu’un pays traite mieux les personnes handicapées qu’un autre. Un écart étroit peut signifier l’inclusion comme l’absence d’alternative ; rien ici ne tranche entre les deux, et aucun classement de pays n’en découle.
Il ne mesure pas le recrutement, ni la discrimination à l’embauche. La population active compte comme participantes les personnes qui cherchent du travail : quelqu’un à qui l’on a refusé cent postes et quelqu’un employé depuis trente ans y sont comptés de la même façon.
Et il ne nomme aucune cause. Les pensions d’invalidité, les quotas, les transports, l’aménagement des postes et la structure par âge de chaque groupe se tiennent tous derrière ces chiffres, et aucun n’est mesuré ici. Chaque économie apparaît une fois, dans sa propre dernière année : rien ici ne dit qu’un écart s’est creusé ou resserré.
Ce que les données établissent
- En 2025, 9,7 % des personnes handicapées de Lituanie étaient dans la population active contre 27,7 % en Suède, d’après la même enquête la même année, aux 2e et 70e rangs de 104 économies ; chez les personnes non handicapées, l’ordre s’inverse, 66,3 % contre 57,1 %.
- Sur les 104, l’écart médian est de 35,2 points ; au sein du seul EU-SILC, 29 économies sur un même questionnaire, il va de 29,1 points à 56,6.
- L’écart corrèle à 0,55 avec le revenu par habitant, avec des médianes de 26,1, 34,2 et 42,5 points du tiers le plus pauvre au plus riche ; le revenu prédit la participation des personnes handicapées à moins 0,49 et celle des autres à moins 0,00.
- Chez les personnes handicapées, la participation des hommes dépasse celle des femmes dans 94 des 102 économies qui publient les deux, avec un écart médian de 7,8 points.
Ce qu'elles n'établissent pas
- Qu’un écart étroit signifie un meilleur pays. Là où il n’existe pas de revenu d’invalidité, rester hors du marché du travail n’est pas une option, et trois des écarts les plus étroits ici sont dans les économies les plus pauvres.
- Quoi que ce soit sur le recrutement ou la discrimination. La population active compte comme participantes les personnes qui cherchent du travail : impossible de séparer un employeur qui refuse d’un marché où quelqu’un n’est jamais entré.
- Quoi que ce soit sur les pensions, les quotas, les transports ou l’aménagement des postes. Rien de tout cela n’est mesuré ici, et aucune cause n’est nommée.
- Aucune tendance. Une seule année par économie, et les années comme les instruments diffèrent entre elles : rien ici ne dit qu’un écart s’est creusé ou resserré.
- Quoi que ce soit sur les économies qui ne publient aucune ventilation par handicap, dont le Japon, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, le Vietnam et les Philippines.
Méthode
- Une mesure, une enquête par économie. Le flux ILOSTAT DF_EAP_DWAP_SEX_DSB_RT, taux d’activité par sexe et situation de handicap, 15 ans et plus, lu via l’API SDMX de l’OIT le 23 septembre 2026 (la date est l’horodatage des fichiers téléchargés, 20 h 28 et 20 h 33). Pour chaque économie, on retient la dernière année de 2019 à 2025 qui porte À LA FOIS le chiffre avec handicap et le chiffre sans handicap issus de la MÊME source déclarée, et l’écart est le second moins le premier. Quand une année offre les deux à partir d’enquêtes différentes, elle n’est pas retenue.
- LES AGRÉGATS NE SONT PAS DES PAYS. Les régions et les groupes de revenu ont été retirés en ne gardant que les codes figurant sur la liste des pays de la Banque mondiale, ce qui laisse 104 économies : 45 dont la dernière année est 2025, 16 en 2024, 9 en 2023, 17 en 2022, 8 en 2021, 3 en 2020 et 6 en 2019. Six des seize langues du desk n’ont aucune économie dans l’ensemble, faute de ventilation par handicap publiée : le japonais, le chinois, le coréen, le hindi, le vietnamien et le filipino.
- LES INSTRUMENTS DIFFÈRENT, ET C’EST POURQUOI CET ARTICLE PART D’UNE DIFFÉRENCE. 48 des 104 chiffres viennent d’une enquête sur les revenus et les dépenses des ménages, dont 29 d’EU-SILC, 43 d’une enquête sur la population active, 7 d’un recensement et 6 d’une autre enquête auprès des ménages. La façon dont chacun identifie le handicap est un choix national ; à l’intérieur d’une économie, les deux groupes répondent au même questionnaire, si bien que l’écart survit à cette variation là où le niveau n’y survit pas.
- La médiane de 104 valeurs est la moyenne de la 52e et de la 53e, 35,2205 points, affichée 35,2 ; aucune économie ne s’y trouve, et aucune n’est nommée comme médiane. 34 économies dépassent 40 points, 66 dépassent 30, 17 restent sous 20 et 3 sont à zéro ou en dessous : le Burkina Faso, le Kenya et Nauru. Le plus large est celui des Seychelles, 63,4, le plus étroit celui du Kenya, moins 9,2.
- Les corrélations sont des coefficients de Pearson calculés sur les 104, face au logarithme naturel du produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d’achat (Banque mondiale NY.GDP.PCAP.PP.CD, dernière année). Les tiers de revenu comptent 34, 35 et 35 économies : le plus pauvre sous 8 610 dollars par habitant, le plus riche au-dessus de 43 902. Le chiffre de chaque tiers est la médiane de ses membres. Le revenu par habitant est de 56 838 dollars en Lituanie et de 72 529 en Suède.
- L’arrondi est fait une seule fois, à l’affichage, à partir de chiffres que la source donne à trois décimales : Lituanie 9,671 % et 66,314 %, Suède 27,731 % et 57,116 %, Roumanie 1,924 %, Royaume-Uni 39,215 %, Kenya 75,678 %. La participation des personnes handicapées en Suède vaut 2,87 fois celle de la Lituanie, ce que le titre rend par un sur dix contre près de trois sur dix.
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