Peu de femmes en emploi, deux réponses opposées
Le Maroc et le Pakistan font partie des 14 économies, sur 182, où moins d’une femme sur quatre est active : 19,8 % au Maroc et 24,0 % au Pakistan, contre 68,3 % et 80,1 % des hommes.
Parmi les femmes en emploi, les deux pays donnent des réponses opposées. Au Maroc, 73,7 % sont salariées, 18,1 points de plus que les hommes, le quatrième écart le plus favorable aux femmes des 182 économies qui le publient. Au Pakistan, 26,2 % le sont, 21,3 points de moins que les hommes, 178e sur 182.
Le tableau les place parmi quinze autres économies, une par langue dans laquelle ce desk publie. La plupart des plus riches penchent légèrement vers les femmes : le Royaume-Uni de 6,4 points, la France de 4,9, l’Allemagne de 4,3, le Japon de 2,8. Le Mexique est à l’équilibre, à moins 0,2. L’Inde, les Philippines, le Viêt Nam et l’Indonésie penchent vers les hommes. Sur les 182, l’écart va de l’Ouzbékistan, 23,4 points en faveur des femmes, à la Gambie, 26,4 points en faveur des hommes.
| Économie | Taux d’activité, femmes | Salariées | Salariés | Écart, points |
|---|---|---|---|---|
| Maroc | 19,8 % | 73,7 % | 55,6 % | +18,1 |
| Pologne | 51,9 % | 86,3 % | 76,5 % | +9,9 |
| Brésil | 53,6 % | 75,1 % | 65,3 % | +9,8 |
| Royaume-Uni | 57,5 % | 90,1 % | 83,7 % | +6,4 |
| Corée du Sud | 56,8 % | 80,4 % | 74,6 % | +5,8 |
| France | 51,8 % | 89,2 % | 84,3 % | +4,9 |
| Allemagne | 55,6 % | 94,1 % | 89,8 % | +4,3 |
| Chine | 59,4 % | 64,1 % | 60,1 % | +4,0 |
| Japon | 55,6 % | 92,3 % | 89,5 % | +2,8 |
| Thaïlande | 59,5 % | 50,0 % | 48,4 % | +1,6 |
| Türkiye | 36,8 % | 72,1 % | 70,7 % | +1,5 |
| Mexique | 47,4 % | 69,1 % | 69,2 % | -0,2 |
| Inde | 32,4 % | 20,6 % | 26,2 % | -5,6 |
| Philippines | 50,5 % | 58,6 % | 67,1 % | -8,5 |
| Viêt Nam | 68,9 % | 41,4 % | 50,8 % | -9,4 |
| Indonésie | 53,6 % | 39,2 % | 51,0 % | -11,8 |
| Pakistan | 24,0 % | 26,2 % | 47,5 % | -21,3 |
Pourquoi ils divergent
L’explication évidente est la sélection : là où peu de femmes travaillent, seules celles qui ont un emploi salarié le feraient. Elle a été testée avant que cet article ne soit écrit, et elle ne tient pas. Sur les 182 économies, l’écart de taux d’activité et l’écart de salariat ne sont pas liés : leur corrélation est de plus 0,03. Le Pakistan en est le contre-exemple, sous nos yeux.
Ce qui suit l’écart, c’est le travail familial non rémunéré, avec une corrélation de moins 0,44. Au Pakistan, 54,0 % des femmes en emploi sont aides familiales, la sixième part la plus élevée des 182, contre 10,1 % des hommes. Au Maroc, c’est 7,3 %. Une femme qui travaille sans rémunération dans une entreprise familiale, souvent sur la terre, compte comme employée et ne perçoit aucun salaire : chacune abaisse la part de salariées de son pays.
La même nomenclature joue aussi dans l’autre sens. En Inde, 32,5 % des femmes en emploi sont aides familiales, en Indonésie 24,8 %, et les deux penchent vers les hommes. En Pologne et au Royaume-Uni, la part est inférieure à 1 %, et les deux penchent vers les femmes.
- Le taux d’activité compte les femmes de 15 ans et plus qui travaillent ou cherchent un emploi, en part de TOUTES les femmes de cet âge.
- La part de salariées compte les femmes payées un salaire par quelqu’un d’autre, en part des seules femmes EN EMPLOI.
- Une aide familiale travaille sans rémunération dans une entreprise tenue par un parent. La nomenclature la compte comme employée, et elle ne perçoit aucun salaire.
Ainsi, 73,7 % des Marocaines en emploi salariées ne signifie pas 73,7 % des Marocaines : c’est une part des femmes en emploi, et moins d’une Marocaine sur cinq est ne serait-ce qu’active. Et une Pakistanaise qui travaille sans salaire sur la terre de sa famille augmente le nombre de femmes en emploi de son pays tout en abaissant la part de celles qui sont salariées.
Les trois chiffres de cet article n’ont pas le même dénominateur, et lire l’un pour l’autre est précisément l’erreur dont il traite.
Ce que l’écart ne dit pas
Il ne dit pas que les femmes en emploi sont mieux loties au Maroc ou moins bien au Pakistan. Un emploi salarié n’est pas par définition le meilleur emploi, et rien ici ne mesure le salaire, les heures ou la sécurité.
Il ne décrit pas toutes les femmes. La part de salariées est une part des femmes en emploi, et dans les deux pays elles sont minoritaires. Lire 73,7 % comme un constat sur les Marocaines en général est l’erreur que cet article veut éviter.
Et il ne nomme aucune cause. La culture, la religion et le droit sont tous avancés pour expliquer le travail des femmes dans ces deux pays, et aucun ne figure dans ces chiffres. Une corrélation de moins 0,44 sur 182 économies est une relation réelle et modérée : elle laisse de nombreux pays qu’elle ne décrit pas.
Ce que les données établissent
- En 2024, 73,7 % des femmes en emploi au Maroc étaient salariées, contre 55,6 % des hommes : un écart de 18,1 points en faveur des femmes, le quatrième plus grand des 182 économies. Le taux d’activité féminin était de 19,8 %.
- Au Pakistan, 26,2 % des femmes en emploi étaient salariées, contre 47,5 % des hommes : un écart de 21,3 points au détriment des femmes, 178e sur 182. Le taux d’activité féminin était de 24,0 %.
- Sur les 182 économies, l’écart de salariat n’est pas lié à l’écart de taux d’activité (corrélation de plus 0,03) et suit l’écart de travail familial non rémunéré (corrélation de moins 0,44).
- 54,0 % des femmes en emploi au Pakistan étaient aides familiales, la sixième part la plus élevée des 182, contre 10,1 % des hommes et 7,3 % des femmes au Maroc.
Ce qu'elles n'établissent pas
- Que les femmes en emploi soient mieux loties au Maroc ou moins bien au Pakistan. Rien ici ne mesure le salaire, les heures ou la sécurité, et un emploi salarié n’est pas par définition le meilleur.
- Que la part de salariées décrive toutes les femmes. C’est une part des femmes en emploi, minoritaires dans les deux pays.
- Une cause, qu’il s’agisse de culture, de religion ou de droit. Aucune ne figure dans ces chiffres.
- Que le travail familial non rémunéré explique l’écart partout. Une corrélation de moins 0,44 est modérée et laisse de nombreux pays non décrits.
- Quoi que ce soit sur 2025 ou 2026, ni sur les 35 économies de la liste de la Banque mondiale qui ne publient pas les six séries pour 2024.
Méthode
- Une source, une année, six séries. Banque mondiale, données ouvertes : SL.EMP.WORK.FE.ZS et SL.EMP.WORK.MA.ZS (salariés, % de l’emploi féminin et masculin), SL.TLF.CACT.FE.ZS et SL.TLF.CACT.MA.ZS (taux d’activité, % de la population féminine et masculine de 15 ans et plus) et SL.FAM.WORK.FE.ZS et SL.FAM.WORK.MA.ZS (aides familiales, % de l’emploi féminin et masculin). Toutes sont des estimations modélisées du BIT. Année de référence 2024, lue le 14 septembre 2026, jeu de données actualisé au 13 juillet 2026 selon l’horodatage de la source.
- LES AGRÉGATS NE SONT PAS DES PAYS. Les totaux régionaux et par groupe de revenu portent des codes à trois lettres comme les pays, et ont été retirés à l’aide du drapeau que la Banque mondiale leur applique elle-même, ce qui laisse 182 économies portant les six séries pour 2024 sur les 217 de sa liste de pays. Chaque rang et chaque effectif ici est sur ces 182.
- Les corrélations sont des coefficients de Pearson sur les 182 économies, chacune comptée une fois quelle que soit sa population : le Pakistan et un petit État insulaire pèsent autant. Elles décrivent comment les écarts évoluent ensemble d’un pays à l’autre, pas à l’intérieur d’un pays.
- UNE HYPOTHÈSE A ÉTÉ ABANDONNÉE. L’article devait d’abord soutenir qu’une faible activité féminine sélectionne les femmes vers le salariat. Mesurée sur les 182 avant rédaction, la relation vaut plus 0,03 : l’affirmation n’a pas été faite.
- Les écarts sont calculés sur les valeurs non arrondies de la source puis affichés arrondis, si bien que recalculer un écart à partir des parts arrondies du tableau peut différer au dernier chiffre. Les dix-sept économies sont le marché de chaque langue dans laquelle ce desk publie, plus le Pakistan.
Sources primaires
- World Bank Open DataWage and salaried workers, female (% of female employment), modeled ILO estimateSL.EMP.WORK.FE.ZS · 14 septembre 2026
- World Bank Open DataWage and salaried workers, male (% of male employment), modeled ILO estimateSL.EMP.WORK.MA.ZS · 14 septembre 2026
- World Bank Open DataLabor force participation rate, female (% of female population ages 15+), modeled ILO estimateSL.TLF.CACT.FE.ZS · 14 septembre 2026
- World Bank Open DataLabor force participation rate, male (% of male population ages 15+), modeled ILO estimateSL.TLF.CACT.MA.ZS · 14 septembre 2026
- World Bank Open DataContributing family workers, female (% of female employment), modeled ILO estimateSL.FAM.WORK.FE.ZS · 14 septembre 2026
- World Bank Open DataContributing family workers, male (% of male employment), modeled ILO estimateSL.FAM.WORK.MA.ZS · 14 septembre 2026
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