Cinq villes où personne ne recrute surtout des ingénieurs
L’expression « emplois tech » sert le plus souvent de synonyme d’ingénierie. Lisez les annonces ville par ville et, sur une bonne partie de l’Europe, ce n’est plus vrai. À Dublin, Amsterdam et Birmingham, le commercial est nettement la première catégorie de la page ; à Berlin et Manchester, il fait jeu égal avec l’ingénierie. Cela fait cinq des huit villes où nous détenons assez de postes pour décomposer par catégorie.
Les exceptions comptent autant que la règle. Londres reste menée par l’ingénierie, 19 contre 10. Paris n’est menée ni par l’une ni par l’autre : sa première catégorie aujourd’hui est les données et l’analyse, avec 7 postes contre 6 en ingénierie, le commercial n’atteignant même pas le seuil d’affichage. Et Madrid est de loin le marché le plus chargé en ingénierie de l’ensemble.
| Ville | Commercial | Ingénierie | Première catégorie | Médian annoncé |
|---|---|---|---|---|
| Dublin | 33 | 14 | Commercial | trop peu de salaires publiés |
| Amsterdam | 22 | 16 | Commercial | EUR 36,000 |
| Birmingham | 18 | 11 | Commercial | GBP 46,500 |
| Berlin | 17 | 17 | À égalité | trop peu de salaires publiés |
| Manchester | 9 | 9 | À égalité | GBP 44,500 |
| London | 10 | 19 | Génie logiciel | GBP 51,000 |
| Madrid | 14 | 39 | Génie logiciel | EUR 30,000 |
| Paris | — | 6 | Données et analyse | EUR 44,000 |
Les mêmes logos, un métier différent selon la ville
Le plus frappant n’est pas que les villes européennes diffèrent. C’est que les mêmes employeurs sont derrière les deux configurations. Datadog figure simultanément parmi les principaux recruteurs d’Amsterdam, de Dublin et de Madrid — bureau commercial dans deux cas, site d’ingénierie dans le troisième. Le haut du tableau dublinois se lit comme un appel nominal du logiciel américain : Salesforce 21, Stripe 18, Rippling 18, Notion 14, Datadog 12. Celui d’Amsterdam : Databricks 19, Flexport 14, Datadog 13.
C’est une forme d’entreprise délibérée, non un accident d’échantillon. Index Ventures, qui suit où son portefeuille s’installe réellement, recense des sièges européens concentrés à Londres, Amsterdam et Dublin, avec une expansion d’abord commerciale plutôt qu’en ingénierie. Amsterdam offre un anglais quasi universel, Schiphol et la règle des 30 % pour les recrutements internationaux ; l’Irlande offre le même avantage linguistique et une base d’entreprises installée de longue date. Ce qu’une société exporte vers ces villes, c’est sa capacité à vendre.
Berlin fait contre-exemple, et c’est instructif. Son premier recruteur du jour est Clera, avec 40 postes, devant Siemens à 8 — un nom domestique loin devant tout nom américain. Berlin recrute pour Berlin.
| Ville | Principaux recruteurs aujourd’hui | Ce à quoi sert la ville |
|---|---|---|
| Dublin | Salesforce 21 · Stripe 18 · Rippling 18 · Notion 14 · Datadog 12 | Un bureau commercial |
| Amsterdam | Databricks 19 · Flexport 14 · Datadog 13 | Un bureau commercial |
| Madrid | Affirm 15 · Datadog 11 · ElevenLabs 10 | Un site d’ingénierie |
| London | Anthropic 17 · eFinancialCareers 11 · Samsara 8 | Un site d’ingénierie |
| Berlin | Clera 40 · Siemens 8 · Merantix Momentum 5 | Un marché domestique |
| Paris | Thales 3 · Orano 3 · Adecco 3 | Industrie et intérim |
| Lyon | Staffmatch 8 · Etiknounou 4 · SNCF Voyageurs 4 | Services de proximité |
Où l’ingénierie est réellement partie
Si l’organisation commerciale est allée à Dublin et Amsterdam, le volume d’ingénierie, lui, est descendu vers le sud. Madrid affiche 39 postes d’ingénierie ouverts — plus du double des 19 de Londres — derrière Affirm, Datadog et ElevenLabs. La ville porte aussi le médian annoncé le plus bas de l’ensemble, 30 000 EUR, contre 51 000 GBP à Londres.
Ces deux nombres ne doivent pas être lus comme une même mesure, et l’écart n’est pas une comparaison salariale — voir la note de méthode plus bas. Mais la direction est corroborée en dehors de nos données : le coût de la vie madrilène se situe environ un cinquième à un quart sous celui de Dublin et d’Amsterdam, et la loi Beckham permet aux recrutements internationaux éligibles un taux forfaitaire de 24 % jusqu’à six ans. Les référentiels espagnols publiés situent les ingénieurs seniors entre 55 000 et 95 000 EUR — bien au-dessus du médian qu’imprime notre propre page, ce qui en dit long sur notre médian, pas sur Madrid.
Les deux villes que ce récit ne décrit pas
Paris et Lyon sortent entièrement du schéma, et prétendre le contraire serait l’erreur facile. Les premiers recruteurs parisiens du jour sont Thales, Orano et Adecco — défense, nucléaire et agence d’intérim, trois postes chacun. Ceux de Lyon sont Staffmatch, Etiknounou et SNCF Voyageurs, et ses annonces sont dominées par la restauration et le commerce.
La deuxième ville de France n’est pas un marché tech faible dans ces chiffres. Elle n’est pas un marché tech du tout dans ces chiffres — c’est un marché de services et d’intérim que notre agrégat couvre par ailleurs. Un classement plaçant Lyon en bas du « recrutement tech européen » mesurerait la mauvaise chose, et le publierait avec assurance.
La catégorie la plus difficile à voir est celle qui progresse
Voici la partie inconfortable. Dublin, la ville la plus commerciale de l’ensemble, ne publie pas assez de salaires pour que nous puissions en imprimer un médian. Berlin non plus. Les deux marchés où le commercial mène le plus nettement sont les deux dont nous pouvons le moins dire.
Ce n’est pas une coïncidence, et le régime européen de transparence salariale rend le phénomène structurel. La directive impose de déclarer la rémunération variable réellement perçue — ni la cible, ni l’OTE. Or une rémunération commerciale à forte part de commission est précisément ce qu’il est le plus difficile de comprimer en fourchette annoncée, puisqu’elle dépend du quota, du territoire et d’un bonus qui n’a pas encore eu lieu. Les conseils en rémunération signalent déjà que les organisations commerciales fondées sur la discrétion managériale et les exceptions informelles souffriront le plus de ces obligations.
Ainsi, le déplacement le plus visible du recrutement européen — vers le versant commercial du logiciel — se produit dans la catégorie de rémunération que les règles de transparence éclaireront en dernier. Quiconque étalonne les salaires européens à partir des fourchettes annoncées étalonne la part du marché pour laquelle publier est facile.
Chaque chiffre de cet article se trouve sur une page que vous pouvez ouvrir : parcourez les villes vous-même et comptez les lignes.
Éditions précédentes
- · 8 min de lectureUne loi a changé qui compte comme chômeur en France.Le chômage français atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, son plus haut niveau depuis le trimestre pandémique de 2020. L’Insee publie ce que la plupart des reprises laissent de côté : une décomposition montrant que les publics entrés dans le décompte par la loi pour le plein emploi de 2023 comptent pour près de la moitié de la hausse cumulée sur six trimestres. Cela ne revient pas à dire que la hausse n’est pas réelle - l’essentiel vient d’une population que la loi n’a jamais touchée - et tenir les deux faits à la fois, c’est tout l’objet de cet article.Lire l’analyse →
- · 7 min de lectureLe besoin d’emploi non satisfait en Europe vaut le double de son chômage.Eurostat dénombre 23,7 millions de personnes dans l’Union européenne dont le besoin d’emploi n’est pas satisfait. 12,0 millions d’entre elles sont au chômage. Les 11,7 millions restantes travaillent à temps partiel et veulent davantage d’heures, ou veulent un emploi sans en chercher, ou en cherchent un sans pouvoir commencer - et le taux de chômage de l’UE, 5,7 %, n’en voit aucune. C’est la troisième édition d’affilée sur un chiffre qui laisse des gens dehors, et la première sur le chiffre construit pour les compter.Lire l’analyse →
- · 7 min de lectureUn chômeur américain par poste ouvert. Ce n’est pas le plein emploi.Le Bureau of Labor Statistics compte 1,0 chômeur par poste ouvert aux États-Unis - un ratio installé entre 1,0 et 1,1 depuis huit relevés consécutifs. Hier, ce desk rapportait l’équivalent britannique : 2,5. L’écart est réel. Ce que le chiffre américain ne dit pas, c’est que quiconque veut un emploi en trouve un - et le même communiqué explique pourquoi : le mois même où le ratio affichait un pour un, 7,4 millions de postes restaient vacants pendant que les employeurs embauchaient 5,3 millions de personnes et s’en séparaient de 1,8 million.Lire l’analyse →